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2007

CFC-EDITIONS FETES SES 20 ANS, C'EST A VOIR SUR PLACE

"à voir sur place...
du livre au lieu
intervention des étudiants d'illustration de l'ARBA-ESA
à la librairie Quartiers Latins

La page blanche, celle qui supporte tant d'angoisses d'écrivains, de dessinateurs, celle qui se veut neutre, sur laquelle rien encore n'est advenu, cette page n'est que pur fantasme. Mais chacun croit pouvoir se l'approprier d'un simple trait, la faisant passer de la page (valant pour n'importe laquelle) à mon texte, mes mots, mon dessin, qui me seraient propres par le fait que ma main, prolongée d'un outil, y a laissé une trace que ma naïveté prend pour première, cette page, ici, s'est effacée. A sa place, ou plutôt à la place des habituelles pages du futur livre qui miment cette blancheur, c'est un lieu qui s'offre, non comme simple support à un imaginaire, à une projection, mais comme un espace à la fois préalable à la production d'un récit et concomitant à sa réception. Heureusement, il ne s'agit pas, loin s'en faut, d'un espace vide et blanc, d'un cube géométrique qui propose la même prétendue neutralité que la page blanche, mais bien d'un lieu singulier, à la fois espace d'exposition et librairie. Ce lieu est marqué de son histoire : situé en un lieu particulier de Bruxelles, habité de gens, morts et vivants, traversé provisoirement d'éclats de vies diverses, abritant tant d'histoires écrites ou dessinées, le temps qu'elles trouvent acquéreur.
Aussi, cette proposition d'exposition faite aux étudiants d'illustration de l'Académie des Beaux-Arts de Bruxelles eut-elle pour effet de réinterroger une pratique qui s'était élaborée au fil de leurs années d'enseignement. Dans quel ordre prend-on les choses ? Quelle rôle le dispositif de réception joue-t-il sur cet ordre, sur la succession et l'enchaînement des actions. On pourrait parler d'habitudes. D'habitude, on pouvait dire « au commencement était le texte » - qu'il s'agisse d'une simple proposition, verbale, du texte d'un écrivain ou encore de ce qui se présente comme un vouloir raconter - aujourd'hui il a fallu dire « au commencement était le lieu ». Ceci permettant, presque naturellement, de considérer le lieu comme un texte, avec l'évidence de ses multiples lectures.
Ce « lieu-texte » produit du récit. Ce récit entraîne ses formes plastiques. Les formes plastiques retournent au lieu, l'habitent. C'est le récit qui s'est alors spatialisé. Mais l'espace ne se parcourt pas comme un livre. Il se parcourt en engageant son corps, suivant les différentes possibilités autorisées par les éléments architecturaux, contournant les obstacles, les meubles, les convenances qui empêchent de passer ici et là. La manière dont lieu et récit se sont affectés est à voir sur place.
Il s'est agi d'attirer l'attention, de mettre en forme, de rendre présent, d'interroger :
Un quartier silencieux, comme dépeuplé en certaines heures de la journée, miraculeusement sauvegardé entre un flux incessant de chalands et le flux tout aussi soutenu des voitures surplombant celui des trains parcourant la jonction nord-midi. A quelques mètres près, ce put être une gare. Ce le fut peut-être. Il en reste une trace, exhibée pour l'occasion. La librairie comme anti-chambre d'un voyage, lieu de passage ou d'aiguillage.
Une place pavée. Sans qu'il soit besoin qu'une plage repose en dessous. Ceux qui gisent sous les pavés ont eu à faire avec l'Histoire. Comme les mots que l'on trouve sous les couvertures des livres ont à faire avec une histoire.
Un monument voisin. Monument dit aux morts. "La tranche, c'est la mort du livre illustré".
Coucher la tranche du livre, c'est lui faire rejoindre les martyrs au-dessous de la place. Deux lieux de recueillement habités par un alignement vertical de mots, une énumération. Le rythme de la librairie est celui des offices. Un livre à la place d'un autre. Un livre pour un autre. Mais certains sont indiqués manquant, sans date, ou pas noté, artificiellement épuisé ou encore épuisé par succès... Autant de morts possibles du livre.
Une façade. Comme préambule, entrée en matière. Avec l'incertitude de son intérieur. On rentre en étant dehors. On se voit de l'extérieur s'enfoncer dans le reflet de la vitrine. La façade, comme une boîte de chocolat, peut nous induire en erreur.
Un objet, commun et dérisoire. C'est sur cet objet qu'un jour, de manière totalement imprévisible, une vie est venue s'interrompre. L'objet se marque de cette mort, se charge de cette vie, se remarque encore. Qu'est sa vie devenue?
Un guide qui dévie, dévoie, le lecteur ou le promeneur, du chemin où le menait ses pas.
Le tact. Les doigts qui caressent les livres, comme si quelque chose du contenu pouvait passer à travers la couverture, comme si ce contact anticipait le plaisir d'être porté par cet écrit-ci.
Une manipulation nécessaire à la mise en histoire, dont le mouvement, par contagion, se répand, ou se repend, en fonction des humeurs ou de l'habileté du visiteur.
A voir, donc, sur place.
Bruno Goosse
Professeur de bande dessinée et de décomposition à l'Académie royale des Beaux-Arts - Ecole supérieure des Arts de Bruxelles.
Date(s)
Du 09-03-2007 au 29-04-2007
Vernissage
15 mars à 18h
Accès
Place des Martyrs, 14 - 1000 Bruxelles