Ma pratique trouve son origine dans le langage. Je m'inspire de la polyvocité d’un certain nombre de termes relatifs à la gravure, médium artistique avec lequel je travaille dans un champ élargi. Dans l’estampe, l’image obtenue par tirage se nomme épreuve. Comme celui-ci, d'autres mots propres au mode opératoire de la gravure convoquent l’imaginaire d’une matière affectée : incision, entaille, abrasion, morsure, attaque, crevé, piqué, percée, pression, laminage, épargne, manque, états, à bords perdus… Graveur-forgeron, je tente d’amplifier les techniques traditionnelles de la gravure afin de donner à voir des matériaux saisis par l'attaque des mordants, la poussée de la presse ou la fusion des patines et des émaux. Je nomme « martyriologie » cette recherche d'états-limites où le matériau, éprouvé, redevient matière. Mon approche de la gravure se loge au seuil d'autres disciplines ou domaines. Alchimique, elle se nourrit de correspondances et de métamorphoses.