L’IA EST-ELLE UN MÉDIUM ?

L’IA EST-ELLE UN MÉDIUM ?

MAEDEH NOROUZI, Doctorante en Arts et Sciences de L’art Université Libre De Bruxelles, Département de Philosophie Académie Royale Des Beaux-Arts De Bruxelles Ceco•Ia Cellule de Coordination de l’intelligence artificielle à l’ULB

sa. 14.11.26 / 11:00 / ULB

Conférences

L’histoire de l’art est aussi une histoire de médiums. De la peinture rupestre à la photographie, chaque nouveau moyen d’expression a déplacé les frontières de ce que l’on appelle « art » et a souvent soulevé la même question : est-ce vraiment de l’art ? Aujourd’hui, cette question se pose avec une acuité particulière face à l’intelligence artificielle générative.

Cette conférence propose d’aborder l’IA non comme un simple outil technique, mais comme un médium émergent qui transforme le geste artistique, la notion d’auteur, la créativité et notre manière de regarder les images. Que signifie créer lorsqu’une image est produite à partir d’un prompt, d’un modèle, de données et d’un processus de génération ? Où se situe le geste de l’artiste : dans l’écriture, la sélection, l’itération, la transformation, ou dans l’interprétation de ce qui apparaît ?

À travers des œuvres d’artistes contemporains notamment Grégory Chatonsky, Philippe Boisnard et Refik Anadol ainsi qu’à travers ma propre pratique artistique, nous explorerons ce que signifie « manipuler » un espace latent. Nous verrons pourquoi les images produites par l’IA peuvent être parfois étranges, idéalisées, déformées ou monstrueuses, et ce que ces particularités révèlent sur la nature de ce nouveau médium.

La conférence s’appuie notamment sur un article publié en 2026 dans The Journal of Aesthetics and Art Criticism, coécrit avec le philosophe Jesse Prinz, dans lequel nous proposons de définir l’IA comme un médium latent et médié. Comme la photographie, l’IA implique une forme de manipulation indirecte : l’artiste n’agit pas directement sur la matière visible, mais sur un dispositif qui produit l’image. Cependant, l’IA dépasse cette logique par sa dimension générative, itérative et collaborative : elle ne se contente pas d’enregistrer le monde, elle produit des configurations nouvelles à partir de données, de modèles et de probabilités.

La séance abordera également la question de la créativité : l’IA est-elle réellement créative ? Peut-on parler de créativité de la machine, ou faut-il plutôt penser une créativité distribuée entre l’artiste, l’outil, les données, les programmeurs et les processus de génération ? En partant de l’histoire de l’art génératif, la conférence montrera que l’IA générative ne remplace pas simplement le geste artistique : elle le déplace. L’artiste devient celle ou celui qui écrit, oriente, teste, relance, sélectionne, interprète et donne sens à ce qui surgit.